NINA ANANIASHVILI & BOLSHOI PRINCIPALS, CHARMS OF MANNERISM AND DREAMS ABOUT JAPAN, PARIS, MARCH, 1998

 

From:  LE FIGARO, March 29,1998

RUSSIE INSOLITE

By René Sirvin

Nina Ananiachvili est sans conteste l’étoile la plus célèbre du Bolchoï aujourd’hui. Connue pour sa virtuosité à Paris comme aux États -Unis, elle triomphe régulièrement au Japon avec un petit groupe de «friends» internationaux. Artiste aux goûts cosmopolites, la danseuse a trouvé un jeune chorégraphe russe capable d’apporter un sang neuf au Bolchoï : le danseur Alexei Ratmanski (le mémorable prince de «Giselle» avec le Ballet impérial de Maïa Plissetskaïa Salle Pleyel en 1996) aujourd’hui soliste du Ballet royal danois à Copenhague.

Depuis sa sortie du Conservatoire de Moscou en 1988, Alexei Ratmanski a déjà créé une dizaine de chorégraphies pour l’Opéra de Kiev et le Royal Winnipeg Ballet. Nina Ananiachvili lui a commandé cette année pour le Bolchoï de Moscou un ballet d’inspiration japonaise, et pour ses galas internationaux un divertissement humoristique baroque. Ce sont ces deux créations que les deux artistes et cinq autres étoiles du Bolchoï et du Kirov ont présentées avec grand succès au Théâtre des Champs - Elysées dans le cadre des «Triomphes russes» à Paris. Deux œuvres fraîches, toniques et très insolites de la part d'artistes russes et qui plus est du Bolchoï !

Les «Charmes du maniérisme» mêlent pas classiques subtils et petits mouvements modernes des mains et des bras. Bournonville et Bagouet réunis dans un pastiche! Nina Ananiachvili, l’étoile du Kirov Tatiana Terekhova, Alexis Fadeietchev, étoile du Bolchoï, et Sergueï Filine, la nouvelle étoile moscovite, y brillent tout quatre, précis et virtuoses dans leurs danses, spirituels dans leurs scènes parodiques aux mimiques amusantes.

Totalement différent apparaît «Rêves du Japon», ballet inspiré de quatre pièces célèbres du théâtre kabuki. Sept éblouissants percussionnistes interprètent une musique trépidante d’après les fameux tambours Kodo, et chantent même tous ensemble un choeur imité du ketjak balinais d'un effet extraordinaire.

Sur ces rythmes diaboliques, les quatre danseurs ainsi qu’Inna Petrova et Andreï Ouvarov, autres étoiles du Bolchoï, et Alexei Ratmanski lui - même, dansent et jouent quatre légendes étranges et poétiques, dans de pittoresques costumes d’inspiration japonaise. Ici le chorégraphe mêle virtuosité classique et gestuelle kabuki dans un mouvement frénétique qui rappelle les dynamiques danseurs brésiliens de Grupo Corpo. Plutôt surprenant de la part dé vedettes consacrées du Bolchoï de Moscou ! Et l'on se réjouit qu'abandonnant un moment les spectaculaires virtuosités de «Don Quichotte» et du «Cygne noir», Nina Ananiachvili prouve également un remarquable esprit de troupe et de curiosité, en donnant une chance exceptionnelle au talentueux Alexei Ratmanski.